Chansons d'Hubert-Félix Thiéfaine
01 janvier 2016

Hubert-Félix Thiéfaine - Le temps des tachyons

Les forains squattent sur les pavés des villes en fête
Où les chiens se déchirent en s'arrachant la tête.
Les vagues d'intimité se voilent de brume & d'ombres
Avec le bruit du temps qui frappe à la pénombre.

Féminité pulpeuse et Beauté mystérieuse
Dans le reflet des âmes et des pensées houleuses.
C'est la noce des nues, la noce des hobos,
C'est le train de minuit qui roule au point zéro.

MC2 sur racine carrée de 1 moins V2 sur C2
Nous rêvons tous un peu de jours plus lumineux...

Là-bas, sur les terrains, vagues de nos cités,
L'avenir se déplace en véhicule blindé.
Symphonie suburbaine et sombre fulgurance
À l'heure où les sirènes traversent nos silences.

Il nous restera ça, au moins de romantique :
Quelques statues brisées sur fond de ruine gothique
Et des saints défroqués noyés dans le formol,
Avec d'étranges trainées rougeâtres aux auréoles.

MC2 sur racine carrée de 1 moins V2 sur C2
Nous rêvons tous un peu de jours plus lumineux...

Pas d'émeutes aujourd'hui dans la ville aux yeux vides,
Juste quelques hindous qui s'exercent au suicide
Et quelques fols hurlants roulant des quatre feuilles
Au terminal central des retours de cercueils.

Clairvoyance égarée dans les versets d'un drame
Où l'on achète le vent, où l'on revend les âmes,
Où les soleils austères des aurores éternelles
S'attaquent aux somnambules qui sortent leurs poubelles.

MC2 sur racine carrée de 1 moins V2 sur C2
Nous rêvons tous un peu de jours plus lumineux...

Les machines à écrire s'enflamment sur la neige,
Les auto-mitrailleuses encerclent les manèges,
La roue tourne en saignant sur son axe indécis
Entraînant des enfants aux allures de zombis.

C'est Goethe à Weimar qui n'a pas vu le temps
Futur des Dakotas dans les ténèbres en sang
C'est l'onde de chaleur, dans le désert glacé,
Qui annonce le retour des printemps meurtriers.

MC2 sur racine carrée de 1 moins V2 sur C2
Nous rêvons tous un peu de jours plus lumineux...

HFT


26 décembre 2015

Hubert-Félix Thiéfaine - Médiocratie

Question gun et machicoulis
un GI vaut 2000 hoplites
mais au rayon philosophie
on est resté chez Démocrite
on joue les chasseurs d’arc-en-ciel
meublés chez Starck et compagnie
mais on sort d’un vieux logiciel
made in Néandertal-city…

Médiocratie… médiacrité !
frères humains dans nos quartiers
ça manque un peu d’humanité
Médiocratie… médiacrité !
ça manque un peu de verbe aimer
de respect, de fraternité
Médiocratie… médiacrité !

Dans le grand jeu des anonymes
la fiction s’adoube au virtuel
on s’additionne on tchate on frime
et l’on se soustrait au réel
baisés grave et manipulés
devant nos écrans de facebook
on n’a qu’un pseudo pour rêver
et s’inventer un autre look

Médiocratie… médiacrité !
Frères humains dans nos quartiers
ça manque un peu d’humanité
Médiocratie… médiacrité !
ça manque un peu de verbe aimer
de respect, de fraternité
Médiocratie… médiacrité !
frères humains frangins damnés
sous la plage il y’a des pavés
Médiocratie… médiacrité !
des pavés bien intentionnés
pour un enfer climatisé
Médiocratie… médiacrité !

Devant toutes ces news quo nous soûlent
ces flashs qui nous anesthésient
DJ God a perdu la boule
et mixe à l’envers nos envies
devons-nous croire à un réveil
dans l’au-delà des jours fériés
avec la photo du soleil
brillant sur nos calendriers ?

Médiocratie… médiacrité !
frères humains dans nos quartiers
ça manque un peu d’humanité
Médiocratie… médiacrité !
ça manque un peu de verbe aimer
de respect, de fraternité
Médiocratie… médiacrité !

HFT

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17 août 2015

Hubert Felix Thiefaine - Confession d'un never been

Les joyeux éboueurs des âmes délabrées
Se vautrent dans l'algèbre des mélancolies
Traînant leurs métastases de rêve karchérisé
Entre les draps poisseux des siècles d'insomnie
Ça sent la vieille guenille et l'épicier cafard
Dans ce chagrin des glandes qu'on appelle l'amour
Où les noirs funambules du vieux cirque barbare
Se pissent dans le froc en riant de leurs tours


J'ai volé mon âme à un clown
Un cloclo mécanique du rock n'roll cartoon
J'ai volé mon âme à un clown
Un clone au coeur de cône du rêve baby baboon
J'ai volé mon âme à un clown


Je rêve d'être flambé au dessus du vésuve
Et me défonce au gaz échappé d'un diesel
À la manufacture métaphysique d'effluves
Où mes synapses explosent en millions d'étincelles
Reflets de flammes en fleurs dans les yeux du cheval
Que j'embrasse à Turin pour en faire un complice
Ivre de prolixine et d'acide cortical
Je dégaine mon walter ppk de service


J'ai volé mon âme à un clown
Un cloclo mécanique du rock n'roll cartoon
J'ai volé mon âme à un clown
Un clone au coeur de cône du rêve baby baboon
J'ai volé mon âme à un clown


Bien vibré bien relax en un tempo laid back
Rasta lunaire baisant la main d'oméga queen
Je crache dans ma tête les vapeurs d'ammoniac
D'un sturm und drang sans fin au bout du never been
Fac-similé d'amour et de tranquillisants
Dans la clarté chimique de ma nuit carcérale
Je suis l'évêque étrusque, un lycanthrope errant
Qui patrouille dans le gel obscur de mon mental


J'ai volé mon âme à un clown
Un cloclo mécanique du rock&roll cartoon
J'ai volé mon âme à un clown
Un clone au coeur de cône du rêve baby baboon
J'ai volé mon âme à un clown

HFT

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07 août 2015

Hubert Felix-Thiéfaine - L'affaire Rimbaud

 


La jambe de Rimbaud,
De retour à Marseille
Comme un affreux cargo
Chargé d'étrons vermeils,
Dérive en immondices
À travers les égouts.
La beauté fut assise
Un soir sur ce genou.

Horreur Harar Arthur,
Et tu l'as injuriée.
Horreur Harar Arthur
Tu l'as trouvée amère... la beauté ?

Une saison en enfer
Foudroie l'Abyssinie.
Ô sorcière, ô misère,
Ô haine, ô guerre, voici
Le temps des assassins
Que tu sponsorisas
En livrant tous ces flingues
Au royaume de Choa.

Horreur Harar Arthur,
Ô Bentley, ô châteaux,
Horreur Harar Arthur,
Quelle âme, Arthur est... sans défaut ?

Les poètes aujourd'hui
Ont la farce plus tranquille
Quand ils chantent au profit
Des derniers Danâkil.
Juste une affaire d'honneur
Mouillée de quelques larmes
C'est quand même un des leurs
Qui fournissait les armes.

Horreur Harar Arthur,
T'es vraiment d'outre-tombe.
Horreur Harar Arthur
Et pas de commission.
Horreur Harar Arthur
Et pas de cresson bleu
Horreur Harar Arthur
Où la lumière pleut.

HFT

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16 mars 2014

Hubert-Félix Thiéfaine - Les dingues et les paumés

Les dingues et les paumés jouent avec leurs manies.
Dans leurs chambres blindées, leurs fleurs sont carnivores
Et quand leurs monstres crient trop près de la sortie,
Ils accouchent des scorpions et pleurent des mandragores
Et leurs aéroports se transforment en bunkers,
À quatre heures du matin derrière un téléphone.
Quand leurs voix qui s'appellent se changent en revolvers
Et s'invitent à calter en se gueulant "come on !"

Les dingues et les paumés se cherchent sous la pluie
Et se font boire le sang de leurs visions perdues
Et dans leurs yeux-mescal masquant leur nostalgie.
Ils voient se dérouler la fin d'une inconnue.
Ils voient des rois-fantômes sur des flippers en ruine,
Crachant l'amour-folie de leurs nuits-métropoles.
Ils croient voir venir Dieu ils relisent Hölderlin
Et retombent dans leurs bras glacés de baby-doll.

Les dingues et les paumés se traînent chez les Borgia
Suivis d'un vieil écho jouant du rock'n'roll
Puis s'enfoncent comme des rats dans leurs banlieues by night,
Essayant d'accrocher un regard à leur khôl
Et lorsque leurs tumbas jouent à guichet fermé,
Ils tournent dans un cachot avec la gueule en moins
Et sont comme les joueurs courant décapités
Ramasser leurs jetons chez les dealers du coin.

Les dingues et les paumés s'arrachent leur placenta
Et se greffent un pavé à la place du cerveau
Puis s'offrent des mygales au bout d'un bazooka
En se faisant danser jusqu'au dernier mambo.
Ce sont des loups frileux au bras d'une autre mort,
Piétinant dans la boue les dernières fleurs du mal.
Ils ont cru s'enivrer des chants de Maldoror
Et maintenant, ils s'écroulent dans leur ombre animale.

Les dingues et les paumés sacrifient Don Quichotte
Sur l'autel enfumé de leurs fibres nerveuses
Puis ils disent à leur reine en riant du boycott :
"La solitude n'est plus une maladie honteuse.
Reprends tes walkyries pour tes valseurs maso.
Mon cheval écorché m'appelle au fond d'un bar
Et cet ange qui me gueule : "viens chez moi, mon salaud"
M'invite à faire danser l'aiguille de mon radar."

HFT

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