Poèmes d'Alphonse de Lamartine
24 août 2015

Alphonse de Lamartine - Extrait de la première préface des Méditations poétiques – 1849 –

Alphonse-de-LamartineJ'étais né impressionnable et sensible. Ces deux qualités sont les deux premiers éléments de toute poésie. Les choses extérieures à peine aperçues laissaient une vive et profonde empreinte en moi; et quand elles avaient disparu de mes yeux, elles se répercutaient et se conservaient présentes dans ce qu'on nomme l'imagination, c'est-à-dire la mémoire, qui revoit et qui repeint en nous. Mais de plus, ces images ainsi revues et repeintes se transformaient promptement en sentiment. Mon âme animait ces images, mon cœur se mêlait à ces impressions. J'aimais et j'incorporais en moi ce qui m'avait frappé. J'étais une glace vivante qu'aucune poussière de ce monde n'avait encore ternie et qui réverbérait l'œuvre de Dieu ! De là à chanter ce cantique intérieur qui s'élève en nous, il n'y avait pas loin. Il ne me manquait que la voix. Cette voix que je cherchais et qui balbutiait sur mes lèvres d'enfant, c'était la poésie. Voici les plus lointaines traces que je retrouve au fond de mes souvenirs presque effacés des premières révélations du sentiment poétique qui allait me saisir à mon insu, et me faire à mon tour chanter des vers au bord de mon nid, comme l'oiseau.

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14 avril 2014

Alphonse de Lamartine - Désir

Mélodie

Ah ! si j'avais des paroles, 
Des images, des symboles, 
Pour peindre ce que je sens ! 
Si ma langue, embarrassée 
Pour révéler ma pensée, 
Pouvait créer des accents !

Loi sainte et mystérieuse ! 
Une âme mélodieuse 
Anime tout l'univers ; 
Chaque être a son harmonie, 
Chaque étoile son génie, 
Chaque élément ses concerts.

Ils n'ont qu'une voix, mais pure, 
Forte comme la nature, 
Sublime comme son Dieu ; 
Et, quoique toujours la même, 
Seigneur, cette voix suprême 
Se fait entendre en tout lieu.

Quand les vents sifflent sur l'onde, 
Quand la mer gémit ou gronde, 
Quand la foudre retentit, 
Tout ignorants que nous sommes, 
Qui de nous, enfants des hommes, 
Demande ce qu'ils ont dit ?

L'un a dit : « Magnificence ! » 
L'autre : « Immensité ! puissance ! » 
L'autre : « Terreur et courroux ! » 
L'un a fui devant sa face, 
L'autre a dit : « Son ombre passe : 
Cieux et terre, taisez-vous ! »

Mais l'homme, ta créature, 
Lui qui comprend la nature, 
Pour parler n'a que des mots, 
Des mots sans vie et sans aile, 
De sa pensée immortelle 
Trop périssables échos !

Son âme est comme l'orage 
Qui gronde dans le nuage 
Et qui ne peut éclater, 
Comme la vague captive 
Qui bat et blanchit sa rive 
Et ne peut la surmonter.

Elle s'use et se consume 
Comme un aiglon dont la plume 
N'aurait pas encor grandi, 
Dont l'œil aspire à sa sphère, 
Et qui rampe sur la terre 
Comme un reptile engourdi.

Ah ! ce qu'aux anges j'envie 
N'est pas l'éternelle vie, 
Ni leur glorieux destin : 
C'est la lyre, c'est l'organe 
Par qui même un cœur profane 
Peut chanter l'hymne sans fin !

Quelque chose en moi soupire, 
Aussi doux que le zéphyr 
Que la nuit laisse exhaler, 
Aussi sublime que l'onde, 
Ou que la foudre qui gronde ; 
Et mon cœur ne peut parler !

Océan, qui sur tes rives 
Épands tes vagues plaintives, 
Rameaux murmurants des bois, 
Foudre dont la nue est pleine, 
Ruisseaux à la molle haleine, 
Ah ! si j'avais votre voix !

Si seulement, ô mon âme, 
Ce Dieu dont l'amour t'enflamme 
Comme le feu, l'aquilon, 
Au zèle ardent qui t'embrase 
Accordait, dans une extase, 
Un mot pour dire son nom !

Son nom, tel que la nature 
Sans parole le murmure, 
Tel que le savent les deux ; 
Ce nom que l'aurore voile, 
Et dont l'étoile à l'étoile 
Est l'écho mélodieux ;

Les ouragans, le tonnerre, 
Les mers, les feux et la terre, 
Se tairaient pour l'écouter ; 
Les airs, ravis de l'entendre, 
S'arrêteraient pour l'apprendre, 
Les deux pour le répéter.

Ce nom seul, redit sans cesse, 
Soulèverait ma tristesse 
Dans ce vallon de douleurs ; 
Et je dirais sans me plaindre : 
« Mon dernier jour peut s'éteindre, 
J'ai dit sa gloire, et je meurs ! »

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