Poèmes de Friedrich von Schiller
12 avril 2014

Friedrich von Schiller - À un jeune ami qui était sur le point de se consacrer à la philosophie

Au bout de la nuit

Le jeune Grec avait à soutenir de rudes épreuves avant que le temple d’Éleusis reçût l’initié reconnu digne. Es-tu prêt et mûr pour pénétrer dans le sanctuaire, où Pallas Athéné garde le dangereux trésor ? Sais-tu ce qui t’y attend ? à quel prix tu achètes ? Sais-tu que tu payes un bien incertain d’un bien assuré ? Te sens-tu assez de force pour combattre le plus rude des combats, celui qui s’engage quand l’esprit et le cœur, le sentiment et la pensée se divisent ? Te sens-tu assez de courage pour lutter contre l’hydre immortelle du doute, et pour marcher virilement à l’ennemi, au dedans de toi-même ? pour démasquer, d’un œil sain et d’un cœur saintement innocent, l’erreur qui te tente comme vérité ? Fuis, si tu n’es pas sûr du guide que tu portes dans ton sein, fuis ces bords séduisants, avant que l’abîme t’engloutisse. Bien d’autres ont marché vers la lumière, et n’ont fait que tomber dans une nuit plus profonde ! L’enfance chemine sûrement à la lueur du crépuscule.

Traduit par Adolphe Régnier


21 mars 2014

Friedrich von Schiller - La grandeur du monde

L'aigle

Je veux parcourir avec l’aile des vents tout ce que l’Éternel a tiré du chaos ; jusqu’à ce que j’atteigne aux limites de cette mer immense et que je jette l’ancre là où l’on cesse de respirer, où Dieu a posé les bornes de la création !

Je vois déjà de près les étoiles dans tout l’éclat de leur jeunesse, je les vois poursuivre leur course millénaire à travers le firmament, pour atteindre au but qui leur est assigné ; je m’élance plus haut… Il n’y a plus d’étoiles !

Je me jette courageusement dans l’empire immense du vide, mon vol est rapide comme la lumière… Voici que m’apparaissent de nouveaux nuages, un nouvel univers et des terres et des fleuves…

Tout à coup, dans un chemin solitaire, un pèlerin vient à moi : — « Arrête, voyageur, où vas-tu ? — Je marche aux limites du monde, là où l’on cesse de respirer, où Dieu a posé les bornes de la création ! »

— « Arrête ! tu marcherais en vain : l’infini est devant toi ! — Ô ma pensée, replie donc tes ailes d’aigle ! et toi audacieuse imagination, c’est ici, hélas ! ici qu’il faut jeter l’ancre ! »


Traduit par Gérard de Nerval

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