Poèmes et textes de Pablo Neruda
01 février 2014

Pablo Neruda - Les Mots - J'avoue que j'ai vécu (extrait)

Pablo_Neruda

"Tout ce que vous voudrez, oui, monsieur, mais ce sont les mots qui chantent, les mots qui montent et qui descendent... Je me prosterne devant eux... Je les aime, je m'y colle, je les traque, je les mords, je les dilapide... J'aime tant les mots... Les mots inattendus... Ceux que gloutonnement on attend, on guette, jusqu'à ce qu'ils tombent soudain... Termes aimés... Ils brillent comme des pierres de couleur, ils sautent comme des poissons de platine, ils sont écume, fil, métal, rosée... Il est des mots que je poursuis... Ils sont si beaux que je veux les mettre tous dans mon poème... Je les attrape au vol, quand ils bourdonnent, et je les retiens, je les nettoie, je les décortique, je me prépare devant l'assiette, je les sens cristallins, vibrants, éburnéens, végétaux, huileux, comme des fruits, comme des algues, comme des agates, comme des olives... Et alors je les retourne, je les agite, je les bois, je les avale, je les triture, je les mets sur leur trente et un, je les libère... Je les laisse comme des stalactites dans mon poème, comme des bouts de bois polis, comme du charbon, comme des épaves de naufrage, des présents de la vague... Tout est dans le mot... Une idée entière se modifie parce qu'un mot a changé de place ou parce qu'un autre mot s'est assis comme un petit roi dans une phrase qui ne l'attendait pas et lui a obéi... Ils ont l'ombre, la transparence, le poids, les plumes, le poil, ils ont tout ce qui s'est ajouté à eux à force de rouler dans la rivière, de changer de patrie, d'être des racines... Ils sont à la fois très anciens et très nouveaux... Ils vivent dans le cercueil caché et dans la fleur à peine née... Oh ! qu'elle est belle, ma langue, oh ! qu'il est beau, ce langage que nous avons hérité des conquistadores à l'oeil torve... Ils s'avançaient à grandes enjambées dans les terribles cordillères, dans les Amériques mal léchées, cherchant des pommes de terre, des saucisses, des haricots, du tabac noir, de l'or, du maïs, des oeufs sur le plat, avec cet appétit vorace qu'on n'a plus jamais revu sur cette terre... Ils avalaient tout, ces religions, ces pyramides, ces tribus, ces idolâtries pareilles à celle qu'ils apportaient dans leurs fontes immenses... Là où ils passaient, ils laissaient la terre dévastée... Mais il tombait des bottes de ces barbares, de leur barbe, de leurs heaumes, de leur fers, comme des cailloux, les mots lumineux qui n'ont jamais cessé ici de scintiller... la langue. Nous avons perdu... Nous avons gagné... Ils emportèrent l'or et nous laissèrent l'or... Ils emportèrent tout et nous laissèrent tout ... Ils nous laissèrent les mots."

 

 

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Pablo Neruda - Il meurt lentement

Ailleurs

Il meurt lentement celui qui ne voyage pas,
celui qui ne lit pas,
celui qui n’écoute pas de musique,
celui qui ne sait pas trouver grâce à ses yeux.

Il meurt lentement
celui qui détruit son amour-propre,
celui qui ne se laisse jamais aider.

Il meurt lentement
celui qui devient esclave de l’habitude
refaisant tous les jours les mêmes chemins,
celui qui ne change jamais de repère,
Ne se risque jamais à changer la couleur de ses vêtements
Ou qui ne parle jamais à un inconnu.

Il meurt lentement
celui qui évite la passion
et son tourbillon d’émotions
celles qui redonnent la lumière dans les yeux
et réparent les coeurs blessés

Il meurt lentement
celui qui ne change pas de cap lorsqu’il est malheureux au travail ou en amour,
celui qui ne prend pas de risques
pour réaliser ses rêves,
celui qui, pas une seule fois dans sa vie, n’a fui les conseils sensés.

Vis maintenant!
Risque-toi aujourd’hui !
Agis tout de suite !
Ne te laisse pas mourir lentement! 
Ne te prive pas d’être heureux !

 

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