Poèmes de René Guy Cadou

23 janvier 2016

René Guy Cadou - Le poète

poeteCelui qui s'en allait
Celui qu'on retrouvait tous les soirs sur les quais
Dans les désordres du langage
Celui qui n'avait plus que sa joie pour bagage
Et dont l'astre brulait les registres du port
Celui qui s'engouffrait dans les voiles du sort

Tournant vers le matin ses paumes lumineuses
Celui qui se gardait une fin bienheureuse
En répondant au nom de tous les condamnés
Il est là maintenant
Son coeur est désarmé
Tandis que le soleil encombre les vitrines
Il sort de longs couteux rouillés de sa poitrine

Penché sur l'horizon  réduit du bastingage
Il regarde
Il n'a plus les ferveurs de son âge
Il ne renverse plus le monde en se levant
Tout est loin dans la rogue épaisse du levant

Pour retrouver l'éclat des santés
La jeunesse
Et le grand large avec ses marées de tendresse
La bonne odeur du jour
Il tend les bras
Il est certain de son amour.

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09 décembre 2015

René Guy Cadou - Sauver les meubles

Au-bord-du-mondeIl est un homme au bord du monde
Qui chancelle
Un pauvre corps sans étincelles
Tout au fond de la vie
Un grand remous à la surface
Et puis des cris
Un doigt crispé qui me fait signe
Dans le courant un cœur qui saigne
Et cependant je n'ose aller
Vers cet homme qui me ressemble
Qui bat des mains
Qui me supplie
De l'achever d'un seul regard
Nous ne pouvons mourir ensemble.

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08 mars 2014

René Guy Cadou - Ah je ne suis pas métaphysique, moi

Un arbre

Ah je ne suis pas métaphysique, moi
Je n’ai pas l’habitude de plonger les doigts
Dans les bocaux de l’éternité mauve et sale
Comme un bistrot de petite ville provinciale
Et que m’importe qu’en les siècles l’on dispose
De mon âme comme d’une petite chose
Sans importance ainsi qu’au plus chaud de l’été
Dans la poussière le corset d’un scarabée
Je prodigue à plaisir et même quand je dors
Il y a cette flamme en moi qui donne tort
A tout ce qui n’est pas cette montée sévère
Vers l’admirable accidenté visage de la terre
Je plonge dans ma vie une main de chiendent
Et c’est trop de bonheur lorsque de temps en temps
L’heure venue d’agir j’en tire la semence
Qui d’année en année prolonge ma patience
Ah tu verrais faner les ciels et les chevaux
O mon cœur sans que rien ne te semblât nouveau
Même dût-on mourir dans le frais de son âge
Rien que d’avoir posé son front sur un corsage
Et fût-il d’une mère on a bien mérité
De croire dans la vie plus qu’en l’éternité.

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