Textes de Shakespeare
12 avril 2014

William Shakespeare - Le Songe d’une nuit d’été (extrait Acte V - Scène I)

Hippolyte
— Cela est étrange, mon cher Thésée, ce que racontent ces amants !

Thésée
— Plus étrange que vrai. Jamais je ne pourrai ajouter foi à ces vieilles fables, ni à ces jeux de féerie. Les amants et les fous ont des cerveaux bouillants, une imagination féconde en fantômes, et qui conçoit au delà de ce que la froide raison peut jamais comprendre. Le fou, l’amoureux et le poëte sont tout imagination. L’un voit plus de démons que l’enfer ne peut en contenir ; c’est le fou ; l’amoureux, non moins extravagant, voit la beauté d’Hélène sur un front égyptien. L’œil du poëte, roulant dans un beau délire, lance son regard du ciel à la terre, et de la terre aux cieux ; et comme l’imagination donne un corps aux objets inconnus, la plume du poëte leur imprime de même des formes, et assigne à un fantôme aérien une demeure et un nom particulier ; tels sont les jeux d’une imagination puissante ; si elle conçoit un sentiment de joie, elle crée aussitôt un être, messager de cette joie : ou si, dans la nuit, elle se forge quelque terreur, avec quelle facilité un buisson devient un ours !

Hippolyte
— Mais toute l’histoire qu’ils ont racontée de ce qui s’est passé cette nuit, leurs idées ainsi transformées, tout cela annonce plus que les illusions de l’imagination, et présente quelque chose de réel, mais de toute façon, d’admirable et d’étrange.

Entrent Lysandre, Démétrius, Hermia et Hélène.

Thésée
— Voici nos amants qui viennent pleins de joie et d’allégresse. — Que le bonheur et de longs jours d’amour accompagnent vos cœurs, aimables amis !

Lysandre
— Que des jours plus beaux encore suivent les pas de Votre Altesse, et éclairent votre table et votre couche !

Thésée
— Allons, quelles mascarades, quelles danses aurons-nous pour consumer sans ennui ce siècle de trois heures, qui doit s’écouler entre le souper et l’heure du lit ? Où est l’ordonnateur habituel de nos fêtes ? Quels divertissements sont préparés ? N’y a-t-il point de comédie, pour soulager les angoisses de cette heure éternelle ? Appelez Philostrate.

Philostrate, s’avançant 
— Me voici, puissant Thésée.

Thésée
 — Dites ; quel passe-temps avez-vous pour cette soirée ? Quelle mascarade ? Quelle musique ? Comment tromperons-nous l’ennui du temps paresseux, si nous n’avons pas quelque plaisir pour nous distraire ?

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01 février 2014

William Shakespeare - Hamlet (extrait)

Être ou ne pas être, c'est là la question.
Y a-t-il plus de noblesse d'âme à subir
La fronde et les flèches de la fortune outrageante,
Ou bien à s'armer contre une mer de douleurs
Et à l'arrêter par une révolte ? Mourir... dormir,
Rien de plus ;... et dire que par ce sommeil nous mettons fin
Aux maux du coeur et aux mille tortures naturelles
Qui sont le legs de la chair : c'est là un dénouement
Qu'on doit souhaiter avec ferveur. Mourir... dormir,
Dormir ! peut-être rêver ! Oui, là est l'embarras.
Car quels rêves peut-il nous venir dans ce sommeil de la mort,
Quand nous sommes débarrassés de l'étreinte de cette vie ?
Voilà qui doit nous arrêter. C'est cette réflexion-là
Qui nous vaut la calamité d'une si longue existence.
Qui, en effet, voudrait supporter les flagellations et les dédains du monde,
L'injure de l'oppresseur, l'humiliation de la pauvreté,
Les angoisses de l'amour méprisé, les lenteurs de la loi,
L'insolence du pouvoir, et les rebuffades
Que le mérite résigné reçoit d'hommes indignes,
S'il pouvait en être quitte avec un simple poinçon?
Qui voudrait porter ces fardeaux, grogner
Et suer sous une vie accablante,
Si la crainte de quelque chose après la mort,
De cette région inexplorée,
D'où nul voyageur ne revient, ne troublait la volonté,
Et ne nous faisait supporter les maux que nous avons
Par peur de nous lancer dans ceux que nous ne connaissons pas ?
Ainsi, la conscience fait de nous tous des lâches;
Ainsi les couleurs natives de la résolution
Blêmissent sous les pâles reflets de la pensée;
Ainsi les entreprises les plus énergiques
Et les plus importantes se détournent de leur cours, à cette idée,
Et perdent le nom d'action... Doucement, maintenant !
Voici la belle Ophélia... Nymphe, dans tes oraisons,
Souviens-toi de tous mes péchés.

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